“Kafé Griyé”, le septième album de Davy Sicard, a ce goût rare qui s’accroche aux souvenirs, léger comme un voile de fumée flottant au-dessus d’un café grillé, profond comme la terre créole.

“Kafé Griyé” se déguste comme un café fraîchement grillé, que l’on aspire à pleins poumons sous la varangue d’une kaz en tôle. L’air est humide, chaque souffle de l’album fait remonter des souvenirs, comme un parfum de nostalgie. Dans ce paysage sensoriel, Davy Sicard apparaît comme le cœur battant du “maloya kabossé” : il prolonge le maloya traditionnel tout en l’ouvrant à de nouveaux horizons.

Le maloya kabossé garde l’ossature rythmique ternaire et l’esprit de résistance de cette musique née dans les plantations, mais il s’enrichit d’influences multiples — bossa nova, jazz, blues, séga — comme autant d’épices venues agrandir la palette sonore.

Une identité musicale

Davy Sicard possède ce timbre rare qui accroche l’oreille. Soutenue par des harmonies vocales, sa manière de chanter flirte parfois avec l’art du chant a cappella, cet art brut et puissant que l’on retrouve dans les grandes traditions musicales du monde — celles qui ont donné naissance au gospel ou à la soul.

Autour de cette voix gravitent quelques instruments essentiels. Les percussions traditionnelles, comme le roulér, grand tambour au battement profond, ou le kayanm, cousin des maracas dont le frottement granuleux évoque presque le grain du café. À ces sonorités enracinées viennent se mêler la guitare et la basse, qui apportent une texture plus contemporaine. Le résultat est une musique délicate et lumineuse, à la fois douce et vibrante.

15 titres, 15 voyages

À l’écoute, “Kafé Griyé”, composé de 15 titres, dégage “ un parfum de lontan sur un air d’aujourd’hui”. Les morceaux semblent réveiller des souvenirs: des fragments d’histoires, des paysages intérieurs, des moments suspendus. On y passe sans cesse du festif à l’intime, du groove dansant à la confidence murmurée. Ce métissage donne naissance à une sorte de néo-blues insulaire, habité par la chaleur tropicale et la poésie des cultures créoles.

Avec cette approche, Davy Sicard confère aussi au sega-maloya une nouvelle élégance. Sa musique s’imprègne de sensualité, de modernité, mais sans jamais rompre avec ses racines. Les textes, ciselés avec finesse, portent des messages de cœur, parfois sentimentaux et toujours sensibles. “Kafé Griyé”, qui donne son nom à l’album, s’impose d’ailleurs comme l’un des titres emblématiques de ce nouveau répertoire.

Davy Sicard, le guide

Mais au-delà de la scène, Davy Sicard incarne une véritable mission artistique. Profondément attaché à la richesse des cultures de l’océan Indien, il porte depuis des années un engagement sincère pour la valorisation de la musique, de la culture et du patrimoine musical créole. Chez lui, la musique n’est pas seulement un art : c’est une mémoire vivante, un héritage à préserver et à transmettre.

Dans cette démarche, l’artiste s’implique pleinement auprès des jeunes talents. À travers des projets pédagogiques comme Étoiles en Herbe, qui entame sa quatrième saison ce mois de mars à Les Kocottes, à Saint-Pierre (Moka City), il guide, conseille et encourage les nouvelles voix à trouver leur propre chemin artistique. Il leur donne les outils nécessaires pour construire une carrière musicale solide, tout en restant fidèles à leur identité culturelle.

La carte de visite de Davy Sicard

Davy Sicard, artiste emblématique de La Réunion depuis 30 ans, est reconnu pour sa voix, sa musique, ses textes et, à travers tout cela, son engagement. Né en France d’un père malgache et d’une mère réunionnaise, Davy Sicard a grandi dès son plus jeune âge à La Réunion et s’est imprégné de la richesse culturelle locale marquée par l’esclavage et le métissage. Dès ses débuts en solo, il se distingue par son approche novatrice du Maloya, musique traditionnelle réunionnaise : il devient le précurseur d’une nouvelle vague en créant le « Maloya Kabosé », une fusion audacieuse entre tradition et modernité.

ALBUMS

Bal Kabar (2020): Un opus ambitieux et engagé, mêlant Séga Nouvo et Maloya, invitant à une réflexion sur le monde contemporain.

Mon Zanfan (2015): Un album lumineux explorant des thématiques universelles à travers le prisme de la famille.

Mon Péi (2011): Un album-miroir sur La Réunion, accompagné d’un film documentaire et proposé en braille pour les personnes déficientes visuelles.

Kabar (2008): Un album de caractère qui vient confirmer son statut d’artiste majeur réunionnais.

Ker Maron (2006): Révélation de la world music, cet album allie textes en créole et en français, voix séduisante et mélodies soignées.

Ker Volkan (2003): Premier album solo, prélude à une carrière musicale prolifique.

SPECTACLES

Fé Inn (2023): Un spectacle immersif en 4D, où le son, la vidéo et les senteurs enveloppent le public pour une expérience unique.

Zanfan Rev (à partir de 2017): Un concert-spectacle intégrant musique, danse, cirque et langue des signes, accessible aux personnes sourdes et malentendantes.

Di, Mi Fé ! (2013): Un menu musical à la carte, offrant une expérience variée aux spectateurs.

Mon péi Sansasoriel (2012): Un concert parfumé et plongé dans l’obscurité totale, offrant une expérience sensorielle inédite.

COLLABORATIONS: Lokua Kanza, Kery James, Soha, Ayo, Shy’m

PREMIÈRES PARTIES : James Brown, Dee Dee Bridgewater, Césaria Evora, Manu

Dibango, Angélique Kidjo, Ismaël Lo, Rokia Traoré…

Co-auteur et co-compositeur de l’hymne de la Commission de l’Océan Indien en 2014.