Du concert aux archives, Fet Kaya et KAYA DAY veulent faire plus que célébrer une légende mauricienne : faire circuler sa musique, raconter son histoire et transmettre le seggae à ceux qui le découvrent aujourd’hui.

Le 25 juillet, l’histoire recommence sur scène

Fet Kaya débute le 25 juillet 2026 au Caudan Arts Centre, à Port-Louis, avec RAS NINJN FET KAYA, un concert entièrement consacré au répertoire de Joseph Réginald Topize, plus connu sous le nom de Kaya.

La date marque surtout le début d’un parcours qui mène jusqu’au 10 août, jour de naissance de Kaya et date choisie pour le KAYA DAY.

Sur scène, Ras Ninin ne vient pas simplement reproduire les morceaux tels qu’ils existaient il y a trente ans. L’idée est de les faire entendre à nouveau, avec une interprétation actuelle portée par le seggae. Le concert devient ainsi le point de départ d’une célébration plus large mêlant musique, images, archives et mémoire collective.

Un détail donne aussi une autre dimension au rendez-vous : il s’agit du premier concert officiel organisé avec la Succession KAYA, l’entité familiale chargée de protéger le nom, l’image, la musique et les archives de l’artiste.

KAYA DAY veut montrer tout ce qu’il y avait autour de la musique

Le 10 août, la scène laisse davantage de place aux archives.

Pour sa deuxième édition, KAYA DAY invite le public à entrer dans l’univers de Kaya à travers ses photos, ses cassettes, ses enregistrements, ses récits et différents objets liés à son parcours. Le seggae doit accompagner la journée, comme une bande-son permanente.

Une projection du documentaire Zafair Kaya, réalisé par Michel Vuillermet, fait également partie de cette volonté de raconter l’homme derrière les chansons.

Parce que c’est aussi l’un des constats derrière le projet : tout le monde connaît le nom Kaya, mais les nouvelles générations ne connaissent pas forcément son histoire, les conditions dans lesquelles le seggae est né ou l’ampleur de ce qu’il a changé dans la musique mauricienne.

Le seggae n’est pas simplement « du reggae mauricien »

Kaya crée le seggae à la fin des années 1980 en faisant dialoguer deux mondes : le reggae roots jamaïcain et le séga traditionnel mauricien.

Mais le résultat possède sa propre identité.

Chanté en kreol morisien, le seggae reprend l’énergie militante du reggae tout en conservant des rythmes profondément liés à Maurice. Les premiers enregistrements réalisés autour de Kaya avec le producteur Percy Yip Tong ont contribué à fixer ce son qui allait ensuite devenir l’une des signatures musicales les plus reconnaissables de l’île.

Autour de cette musique s’est même construite une esthétique visuelle.

L’artiste mauricien Henry Koombes a signé plusieurs pochettes et visuels associés au mouvement. Couleurs, illustrations et graphisme font aujourd’hui partie de la mémoire du seggae presque autant que certains albums. Une dimension que KAYA DAY veut justement remettre en avant : cet héritage ne s’écoute pas seulement, il se regarde aussi.

Une archive qui grandit au lieu de rester figée

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du projet.

KAYA DAY ne veut pas construire une exposition définitive derrière une vitrine. Les organisateurs parlent plutôt d’une archive vivante, destinée à s’enrichir année après année.

Des particuliers possédant encore des photos, cassettes, vidéos, disques ou histoires liées à Kaya sont même invités à contribuer à cette mémoire collective.

Le principe change complètement la manière de penser l’hommage. Chaque nouvelle pièce peut apporter un détail supplémentaire sur un concert, un enregistrement ou simplement un moment de vie.

Plus de vingt-cinq ans après la disparition de Kaya en 1999, son histoire continue donc encore de se construire.

De Maurice à La Réunion, puis plus loin

Cette volonté dépasse aussi les frontières mauriciennes.

Fet Kaya bénéficie du soutien de KOMKIFO à La Réunion et s’inscrit dans une collaboration culturelle entre les deux îles. Ce lien n’est pas nouveau : La Réunion faisait déjà partie de l’histoire musicale de Kaya au moment de ses premiers enregistrements.

BABANI, qui mène KAYA DAY avec la Succession KAYA, affiche désormais une ambition simple : faire connaître cette histoire plus largement.

Et c’est peut-être là que Fet Kaya prend tout son sens.

Il ne s’agit plus uniquement de se souvenir de Kaya chaque année. Il s’agit de faire comprendre pourquoi, plusieurs décennies après la naissance du seggae, sa musique mérite encore d’être jouée, montrée, documentée et transmise.