Maurice a perdu l’une de ses grandes figures musicales. Le samedi 18 juillet, Idris Lallmahomed s’est éteint à l’âge de 80 ans, laissant derrière lui une carrière exceptionnelle consacrée au qawwali, au ghazal et à la transmission d’un patrimoine culturel qu’il a porté avec passion pendant plus de six décennies.
Bien plus qu’un chanteur, Idris Lallmahomed était un gardien de tradition. Pendant 63 ans, il a fait vivre le qawwali à Maurice, partageant avec générosité une musique spirituelle héritée de l’Inde et du Pakistan. Sa voix, son engagement et sa fidélité à cet art ont marqué plusieurs générations de Mauriciens.
Une vie dédiée au qawwali
En mai 2025, son parcours a été officiellement reconnu avec l’attribution du Lifetime Achievement Award par le ministère des Arts et de la Culture. Une distinction qui venait saluer une vie entière consacrée à la musique.


Avec émotion, l’artiste avait alors partagé ce que représentait cette reconnaissance : « Je suis passionné par le qawwali et le ghazal, et j’ai chanté toute ma vie. »
Cette phrase résumait parfaitement son parcours. Pour Idris Lallmahomed, le qawwali n’était pas seulement une discipline artistique, mais une véritable vocation, un héritage à préserver et à transmettre aux générations futures.
Les premières notes d’une grande aventure
Originaire de Stanley, Rose-Hill, Idris Lallmahomed découvre la musique dès son plus jeune âge. Initié à l’ourdou par son père, il développe rapidement un profond attachement pour les chants qawwali.
C’est vers l’âge de 13 ans que sa passion prend véritablement forme. Il commence alors à participer aux “gamat” de son quartier, cherchant avant tout l’occasion de chanter et d’apprendre auprès des anciens.
À une époque où la transmission musicale se faisait sans Internet ni outils numériques, il forge son talent grâce à l’écoute, à la pratique et à une grande détermination. Les enregistrements sur cassettes des grands maîtres du qawwali indien et pakistanais deviennent ses sources d’inspiration.
Les Lallmahomed Brothers, une référence du qawwali mauricien
Avec ses frères, Idris Lallmahomed fonde le groupe Lallmahomed Brothers, une formation qui deviendra une référence dans le paysage musical mauricien. Il en devient naturellement le leader et le principal gardien de cette tradition familiale.


Le groupe marque notamment l’histoire du pays en participant aux célébrations du 12 mars 1968 au Champ de Mars, lors de l’accession de Maurice à l’indépendance.
Au fil des décennies, les Lallmahomed Brothers portent les couleurs de Maurice sur plusieurs scènes internationales, notamment à La Réunion, Madagascar, en Afrique du Sud et en Inde. À travers leurs prestations, ils font découvrir la richesse du qawwali mauricien au-delà des frontières.
Un homme aux multiples vies
Si la musique occupait une place centrale dans son existence, Idris Lallmahomed a également construit une carrière professionnelle remarquable.
Bijoutier de métier, il apprend son savoir-faire auprès de professionnels reconnus dans les années 1970 avant d’ouvrir sa propre boutique, Oranor, située à la gare Victoria, à Port-Louis. En 2003, un incendie détruit son commerce, l’obligeant à écrire une nouvelle page de son parcours.
Quelques années plus tard, il se lance dans la restauration avec l’ouverture du Shamiana à Rose-Hill. Une nouvelle aventure qui ne l’éloignera toutefois jamais de sa première passion : la musique.
Une passion restée intacte jusqu’au bout
Même lorsque la maladie le contraint à quitter progressivement la scène, Idris Lallmahomed conserve ce lien profond avec le chant. Selon son neveu Bilal Lallmahomed, lui-même chanteur de qawwali, il n’a jamais perdu cette envie de pratiquer son art.


Jusqu’à ses dernières années, il reste fidèle au qawwali, cette musique qui a accompagné chaque étape de sa vie.
Un héritage qui perdurera
Avec la disparition d’Idris Lallmahomed, Maurice perd un artiste qui aura consacré son existence à faire vivre un patrimoine musical précieux.
À travers ses chants, son groupe et les artistes qu’il a inspirés, son héritage continuera de résonner. Sa voix disparaît, mais l’empreinte laissée par ce maître du qawwali restera inscrite dans l’histoire culturelle du pays.



















