Le seggae perd aujourd’hui l’une de ses voix fondatrices. Joseph Nicolas Emilien, connu du grand public sous le nom de Ras Natty Baby, s’est éteint le dimanche 26 avril, à l’âge de 72 ans, des suites de problèmes de santé. Il venait tout juste de célébrer son anniversaire le 14 avril.

Né à Rodrigues, Ras Natty Baby découvre très tôt la musique comme un langage d’expression. Passionné de littérature depuis l’enfance, il nourrit sa pensée à travers les livres, construisant une culture solide qui marquera profondément son œuvre.

Son grand-père lui répétait : « Tou seki nou koze anvole. Me tou seki nou ekrir, reste. » Cette transmission devient une véritable boussole dans sa vie. Très jeune, il commence déjà à écrire des morceaux qui deviendront, avec le temps, des titres cultes, symboles du seggae et de la lutte.

Un Natty Rebel

Avec un groupe d’amis, il fonde les Natty Rebels, anciennement connus sous le nom de Ras Kilimanjaro. Ensemble, ils contribuent à écrire une page importante de l’histoire du seggae, entre engagement, identité et résistance musicale.

En 1990, la sortie de l’album cassette Nuvel Vision marque un tournant. Véritable révélation, cet album devient une œuvre emblématique, porteuse de messages forts et d’une identité affirmée, avec des titres comme Nuvel Vision, Rastafari, Lévé Do Mo Pep, Zom, Nu Zwen Ansam, Linzistis ou encore Mwin p’ti Mazambik.

43 ans de carrière

Ras Natty Baby était un soldat du seggae, habité davantage par la mission que par la recherche de gloire. Fort de 43 ans de carrière musicale, il a défendu une musique, une identité et une parole libre, souvent avec peu de moyens mais beaucoup de cœur, laissant une empreinte qui traverse les générations. Aujourd’hui, son départ laisse un vide dans le paysage musical, mais son héritage demeure vivant.

Il rejoint désormais ceux qui ont écrit les premières pages du seggae, les légendes parties trop tôt ou trop vite : Kaya, Berger Agathe, Neville-Célérine et Frédéric Martin, dit Lom Dick du groupe Natir Samarel. Et quelque part, on les imagine ensemble, portés par la même flamme, pour un seggae joué à plein poumon, libre et éternel.